Quand l’ombre révèle la lumière

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Dirk Thiebaut

Site web :
http://www.dirkthiebaut.com/

Adresse :
Wespelaarsebaan 75
3190 Boortmeerbeek

Dirk Thiebaut - <p>Quand l’ombre révèle la lumière</p>
Dirk Thiebaut Dirk Thiebaut

Un regard, une pause dans le temps… Une sensibilité au contraste, à la présence et à l’atmosphère. Voilà ce qui définit la photographie de Dirk Thiebaut. Chez lui, le noir et blanc n’est pas un effet de style, mais une manière de regarder le réel autrement, de le sublimer, et d’en faire affleurer l’émotion.

Le noir et blanc comme autre réalité

Cameraman de profession depuis plus de vingt-cinq ans, Dirk Thiebaut a toujours vécu au plus près de l’image. La photographie, pourtant, est restée pour lui un espace à part, d’abord pratiqué comme un plaisir, puis retrouvé plus tard, au fil des voyages et du désir d’immortaliser chaque souvenir.

Le noir et blanc s’est rapidement affirmé comme le cœur de son langage visuel. Ce choix n’a rien d’un simple parti pris esthétique. Pour lui, le noir et blanc constitue « une autre réalité », une autre façon de voir le monde. Là où la couleur reproduit ce que l’œil connaît déjà, le monochrome transforme, déplace, recrée. Ses images, très contrastées, parfois très sombres, procèdent de cette volonté de faire exister le réel autrement.

Ce lien au noir et blanc s’ancre aussi dans son parcours. Dirk Thiebaut rappelle avoir longtemps travaillé avec des viseurs en noir et blanc, à une époque où cette écriture visuelle faisait naturellement partie de son quotidien.

Aujourd’hui encore, il photographie avec un appareil monochrome, entièrement consacré au noir et blanc, ainsi qu’avec un appareil totalement manuel. Ce choix engage une autre relation au temps : il impose de ralentir, de réfléchir davantage, d’attendre aussi. La photographie cesse alors d’être un geste instantané pour devenir une élaboration patiente, attentive à la lumière, au cadre et à ce qui, peu à peu, vient prendre place dans l’image.

Chez Dirk Thiebaut, une image ne naît pas d’une idée rigide. Elle surgit plus souvent d’un lieu, d’une lumière, d’un contraste ou d’un détail qui l’interpelle. Il évoque volontiers de grands paysages ou des architectures dans lesquels vient s’inscrire une petite présence humaine, comme pour donner l’échelle, introduire une tension, ou simplement rappeler qu’un lieu n’existe pleinement qu’à travers ce qui l’habite. Car il y tient : un bâtiment seul l’ennuie. Il lui faut un élément vivant, humain ou animal, quelque chose qui vient rompre la pureté formelle et rendre l’image plus sensible. Même lorsqu’il dit aimer les lieux de passage tels que les gares, leurs lignes et les départs qu’elles suggèrent, ce n’est jamais l’architecture seule qui l’intéresse, mais ce qu’elle devient lorsqu’une présence vient y prendre place.

Cette photographie demande du temps. Dirk Thiebaut raconte pouvoir attendre une heure qu’une personne traverse enfin le cadre, ou revenir très tôt sur un lieu précis pour retrouver la lumière espérée. Il y a là une part d’intuition, mais aussi de patience, et parfois de hasard. Il cite ainsi une image prise au bord de la mer, en hiver, alors qu’il était arrivé en avance à un rendez-vous : quelques pigeons posés sur une rambarde, quelques déclenchements très rapides, et soudain une photographie presque irréelle dans sa justesse. Mais au-delà du sujet, c’est surtout une atmosphère qu’il cherche. Il parle d’un univers
« filmique », parfois sombre, presque la tonalité du film noir.

Parce qu’à ses yeux, une photographie ne doit pas seulement être belle. Elle doit produire quelque chose, toucher, troubler peut-être… faire naître une émotion.

Le reste appartient à celui qui regarde.

Dirk Thiebaut
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