Bien qu’elle ait été décrite pour la première fois en 1968, la diarrhée intraitable de l’enfant (IDIS : intractable diarrhea of infancy syndrome) est restée longtemps une maladie obscure, identifiée dans sept familles d’origine juive irakienne et ignorée par la communauté scientifique.

Les connaissances sur IDIS étaient limitées jusqu’à ce qu’une équipe de scientifiques israéliens commence à l’étudier en 2000. Ils ont séquencé tous les gènes connus dans les échantillons prélevés sur les patients IDIS. Malheureusement, les résultats étaient loin d’être clairs. Les patients IDIS présentaient des délétions dans les deux copies d’une région non codante du chromosome 16 non étudiée auparavant. Réalisant qu’ils avaient besoin de l’avis d’experts pour établir un lien de causalité entre ces délétions et IDIS, le groupe s’est tourné vers l’équipe de L.A. Pennacchio.

Les généticiens ont d’abord pu confirmer que la région du chromosome 16 est bien une séquence régulatrice impliquée dans le développement du système gastro-intestinal. Lorsqu’ils ont créé une lignée de souris présentant des délétions chromosomiques équivalentes à celles des patients humains, les souriceaux présentaient une diarrhée. Ces résultats ont démontré que la séquence non codante, appelée la région critique de l’intestin (RCI), est la cause de la maladie. Toutefois, ils ne savaient toujours pas ce que la séquence contrôlait réellement.

Après des années d’expérimentation minutieuse, les auteurs ont pu déterminer que la RCI contrôle l’expression d’un gène voisin auparavant inconnu, appelé Percc1. Les chercheurs ont constaté que les deux types de délétions présentes dans la région RCI empêchent la synthèse de la Percc1. Ils ont également montré que le manque d’expression du gène Percc1 est la seule cause d’IDIS.

Enfin les scientifiques ont démontré que, dans les circonstances normales, la protéine Percc1 est exprimée dans un très petit groupe de cellules gastro-intestinales productrices d’hormones. Grâce à la signalisation chimique, ces cellules semblent jouer un rôle médiateur dans de nombreux processus, y compris la motilité intestinale, l’absorption du glucose et le déclenchement d’un sentiment de satiété.

« Le voyage scientifique a été particulièrement long, stimulant et plein de surprises, a souligné Anikster, co-auteur de l’étude. Nous espérons que notre découverte ouvrira la voie à un traitement ciblé de cette maladie potentiellement mortelle. »

Bien qu’il n’y ait que quelques familles dans le monde connues pour être porteuses des mutations causatives, les scientifiques pensent qu’IDIS pourrait partager des mécanismes avec d’autres maladies gastro-intestinales qui touchent des millions de personnes – comme l’intestin irritable ou la maladie de Crohn. Il n’existe actuellement aucun traitement pour IDIS autre que le soutien nutritionnel et calorique pour compenser l’absorption alimentaire altérée causée par la diarrhée fréquente. En général, les personnes atteintes d’IDIS qui survivent à la petite enfance présentent moins de symptômes en vieillissant, mais leur état n’est jamais normalisé.

 

Référence : pour accéder à l’abstract, cliquez ici.

L’équipe de rédaction Tempo Today

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